Penser l’après David Bowie

Non, je ne suis pas fan de David Robert Jones aka David Bowie.

D’ailleurs qui, parmi ceux qui lui rendent hommage, le sont vraiment ?

J’ai vraiment découvert le personnage quand j’étais adolescent. C’était dans un jeu vidéo dont Bowie assurait la bande son « The Nomad Soul ». On pouvait même le retrouver en concert virtuel. C’était en 1999 je crois, j’avais 14 ou 15 ans et c’était assez merveilleux pour l’époque. Merde c’est déjà « l’époque ».

Hormis ces quelques tubes et featurings connus qui ont fait sa gloire, je ne connais que peu son oeuvre. Je ne suis pas fan de glam, de la mode ou de l’ambiguité sexuelle aujourd’hui très ‘dans l’air du temps’, qui vient en premier quand on résume sa carrière.

Et qui serait bien réductrice pour décrire un pareil personnage.

Je ne suis pas fan de la musique qui me déroute en générale, et celle de Mr Bowie souvent m’a dérouté.
Je l’ai souvent zappée, je confesse.

Ce dont je suis fan par contre, c’est du côté insatiable de ce genre de créateurs et innovateurs.

De ceux qui savent avec génie mêler pop et musique pointue. Ceux qui font des tubes assez improbables.

De ceux qui bougent les lignes et créent les styles de demain. De ceux qui surtout  n’oublient pas l’émotion dans la musique.

De ceux qui écrivent 26 albums, jouent dans autant de films. Prennent des risques.

De ceux qui ne s’arrêtent pas quand ils pourraient se payer une longue retraite dorée avec leurs royalties.

De ceux qui sortent un album jusqu’au dernier instant.

De ceux là je suis fan.

 

david bowie paradis
Or, à la mort de Bowie, me vient une pensée un peu sordide :

Et si le départ de ce mec, juste après celui d’une légende d’un tout autre style (aka Lemmy de Motörhead) marquait un peu « le début de la fin » ? En tout cas la fin d’un cycle.

De nos jours, la créativité, bien que décuplée par l’essors de la technologie et des réseaux, reste, je trouve, très relative.

Tout le monde fait de la musique.

Tout le monde chante devant sa webcam le tube du moment.

Tout le monde a une jolie voix.

Tout le monde bidouille un beat dans fruityloops et le partage sur Soundcloud.

Il suffit d’appuyer sur une touche d’un clavier pour enclencher une ensemble d’instruments virtuels simulant n’importe quelle bande son de film hollywoodien.

Il n’a jamais été plus simple de faire de la musique qu’aujourd’hui. Mais…

En 2016, vivons nous dans des sociétés où un Bowie aurait l’opportunité d’émerger ? Où sont ceux qui vont marquer le paysage musical et influencer des générations entières de musiciens ?

En 2016, où sont les David Bowie de demain ? Perso j’attends encore.

Est ce que nos sociétés uniformes fournissent un espace disponible à ce grain de saine folie ?

Un espace disponible pour la de vraies révolutions créatives ? (Et pitié ne me dite pas que chier dans un bol ou peindre avec ses testicules c’est de l’art-subventionné… )

Les journaux titrent « légende » pour David Bowie.

Certes, certes il y a encore de belles découvertes, on a des artistes majeurs émergés dans les 90’s…. On a tous quelques chouchous, quelques héros de la musique sacrément doués.

Pour moi c’est par exemple Yorke, Albarn, Stevens.

Mais est ce que ces mecs là auront l’aura d’un Bowie, d’un Mercury, d’un Lennon ?
Est ce qu’on les appelera « légende » 30 ans après leur décès ?

Est ce qu’à l’heure des réseaux, de la gloire et l’oublie instantané, on pourrait encore voir émerger de telles légendes ?

J’ai peur qu’entre covers, sequels, prequels, spin-off, réadaptation, le tout saucé de technologie exacerbée et d’une grande froideur humaine, on perde l’essentiel : la recherche d’autres espaces d’émotion.

J’ai peur que sans ce genre de héros artistiques dans notre paysage, on perde petit à petit des parts d’humanité.

Je n’étais pas fan de Bowie, mais je suis bien emmerdé.

Il portera bien son nom, ce dernier album. L’ami Ziggy n’est plus que poussière d’étoile.

Une étoile noire.

Nous par contre, on reste collés bien fort au sol.

lemusicien
 

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