Combien gagne un musicien avec le streaming ?

Balance ton streaming

Gagner sa vie avec sa musique c’est un peu le saint graal d’un grand nombre de musiciens. Mais la route est longue.
On a déjà vu qu’il existe des moyens de monétiser sa musique (d’essayer) via la synchro.

Aussi était il temps de régler son sort au streaming… jusqu’à la prochaine innovation dans ce monde toujours plus 3.0!

En 2015, nous vivons une ère de dématérialisation de l’information : les livres se transforment en fichier kindle ou pdf, les films en .mov et autre .mkv, et la musique de simples fichier mp3, qu’on écoute avec nos montres. De même avec l’avancée du cloud computing, on ne possède plus les fichiers soit même, on en loue l’usage. Le gros vinyl, malgré sa popularité auprès des aficionados et audiophiles, parait vraiment loin.

Ainsi, pour la première fois aux Etats Unis, le marché du streaming a dépassé le marché du CD. Comme ce dernier jadis avec la cassette…

Voilà comment naquit le petit streaming. (Ou quelque chose du genre)

Je ne suis pas là pour dresser la genèse de ce mouvement parti pour durer, mais plutôt pour vous donner un point de vue concret, un peu éloigné des exemples des superstars désabusées par le streaming. Aussi vais je vous partager les résultats de ce qu’un groupe amateur peut espérer obtenir avec le streaming. Roulement de tambour.

Pour nous, c’est 63 euros. En deux ans.

Distribution digitale, streaming. Quel repartition ?

Pour ceux qui débarquent dans ce domaine, Zimbalam est un distributeur numérique de musique. Le leader européen en ce domaine. Comment ça fonctionne ? En gros, tu lui donne 35 euros, et il mets ton album ou EP sur toutes les plateformes du moment comme Deezer, Itunes, Spotify, Amazon, etc.
Ensuite tu as la possibilité de suivre tes ventes, et tes statistiques de streaming. Zimbalam te reverse 90% des royalties dues à l’exploitation en ligne de tes morceaux.

Sur le papier c’est assez génial, absolument n’importe qui peut mettre sa musique à la disposition du monde !
Mais la réalité financière est plus acide.

Sur un abonnement standard a 9,99€ par mois, il a été calculé par l’Adami que les artistes en touchaient… 0,50 € environ. Plus 1 euros pour les auteurs/compositeurs, tout de même (à diviser par deux avec leurs éditeurs, bien sur).

Le reste se répartit entre producteurs, intermédiaires divers, les taxes, et bien sur la plateforme.
Donc 50 cents à répartir entre chaque artiste. Allez dans le meilleur des cas (auteur/compositeur/interprète), 1 €.
Bien sur, 1€ à diviser, au prorata du nombre d’écoutes engrangées.

Et 1 € à partager entre les énormes locomotives musicales aux millions d’écoutes, et ton obscur projet indépendant
Donc allez, à la louche, 97 centimes pour eux, et peut être 3 centimes pour nous, les musiciens anonymous qui ne faisons guère d’écoutes.

Autant dire que le comptage est déjà complexe, mais pas besoin d’avoir un doctorat en physique quantique, pour comprendre que la fortune, c’est pas pour tout de suite.

En backstage sur Zimbalam

Comme d’habitude, je vous ai concocté une petite vidéo.
Nous voici dans les coulisses de notre compte Zimbalam :

 

Le détail de nos revenus du streaming

Pour mieux comprendre la répartition, un petit tour du côté des statistiques Zimbalam d’un groupe auto-produit.
Pas de pudeur, pas de paillettes, juste la réalité brute des chiffres.

En deux ans sur Zimbalam, notre EP nous a rapporté moins de 3 euros par mois. Bonne chance pour vivre avec ces revenus.

Pour les plus chiffrés d’entre vous, on peut analyser en détail les ventes et les streaming : pays d’écoute, plateformes la plus utilisée, titres les plus populaires, etc. C’est assez intéressant…

royalties par date sur zimbalam

Où l’on apprend que nos chansons ont été « streamées » un peu plus de 10.000 fois. Soit un revenu par écoute de  : 0,00419 euros.  Il nous faut donc 238 écoutes pour générer un euro de revenu pour les artistes. Si on prend un taux concret, du type SMIC mensuelle, disons 1200€, il faudrait donc un peu moins de 290000 écoutes mensuelles.  A répartir ensuite entre les membres du groupe !
Et encore, dans cet exemple on vit dans le monde des bisounours et on ne parle pas de taxes, et autres impôts.

ATTENTION : On parle d’un groupe en auto-production, donc sans intermédiaire -type éditeur ou label- qui risquerait de se tailler une part dans ces dit royalties. Corrigez moi si je me trompe, mais si vous travaillez par exemple avec un éditeur, il vous faudrait le double d’écoute pour arriver au même revenu. En général, l’éditeur prend 50%, mais fait en sorte que la musique rapporte un peu plus que 60 euros en deux ans…

zimbalam repartition par pays
Est ce que votre groupe s’exporte ?

On voit aussi comment notre musique est écoutée : pour nous, le leader reste Deezer. Nous sommes un groupe français, c’est plutôt logique. Vient ensuite iTunes, qui, grâce au téléchargement, fait remonter un peu nos statistiques et nos incroyables revenus. Enfin arrivent Spotify et Amazon (tiens ?) et… c’est tout !

Je trouve quand même ça assez cool de se dire qu’on nous a écouté à l’autre bout du monde. A défaut de mettre du beurre dans les pâtes, ça fait « chaud n’au coeur ». Et puis, ces 63 euros de royalties, c’est toujours ça, maigre récompense comparée au travail effectué sur notre EP…

On se paiera sans doute une bonne bouteille avec, en trinquant à la longue route des saltimbanques.

NB : Je n’ai pas voulu écarter les revenus du téléchargement (près d’un tiers de nos royalties) parce que psychologiquement, c’était trop dur.   Et puis iTunes fait parti de l’offre Zimbalam, les revenus sont assez faible je n’allais pas tout dissocier : 25 euros là, et 35 euros là. Youpi Tralala.

 

Et l’avenir ?

De passage au salon Edita il y a quelques semaines, j’ai assisté à une conférence intéressante sur la répartition des droits d’auteurs et autres droits voisins dans le domaine du numérique. En gros, sur le développement du streaming.

Si la répartition posait problème, les intervenants était plutôt confiants quand au développement du streaming, et de l’offre payante.  En gros, les artistes survivront quand on passera de 5.000.000 d’abonnés payants à 20.000.000 sur les plateformes… Je résume grossièrement. Pour eux ce n’est que le début d’un changement de paradigme. Il faut juste être patient.

Pourtant, Jean Paul Bazin de la Spedidam, rappelait – sans vraiment trouver d’écho – que pour le moment, les artistes interprètes restaient bien sur les dindons de la farce. Et oui, sur le prix d’un abonnement streaming, on dédie environ 1,5€ pour rétribuer auteurs et interprètes. Ces derniers bien sur sont les plus mal lotis. Mais ça, c’est pas une nouveauté !
Faites votre propre zik les gars, aussi !

 

salon edita streaming

Salon Edita. Laurent Balandras• Caroline Champarnaud (Sacem)• Pascal Bittard (Idol) • Jean-Paul Bazin (Spedidam).

 

Alors, qu’est ce qu’on en fait du streaming ?

On a bien vu que de l’importance de ces revenus dépend différents facteurs : nombre d’écoute, partage du gâteau entre différents intermédiaires, importance (ou non) du téléchargement par rapport au streaming, et donc de notre activisme en ce sens : communication, concerts en nombre, partage des liens de streaming plutôt que soundcloud…

Je ne suis pas sur qu’une augmentation du nombre d’abonnés payants profite réellement à la diversité culturelle et la survie de groupes anonymes. Mais peut être comblera t elle la frustration des grandes machines à musique type Coldplay, Taylor Swift, Thom Yorke…

Ces derniers, et beaucoup d’autres, sont déçus du faible niveau de rémunération. Ils ont simplement fait retirer tout ou partie de leurs morceaux de certains catalogues en ligne. Réelle opposition pour les uns, ou simple démarche com’ pour les autres, il n’est pas toujours évident de le dire.

De toute façon, ces musiciens possèdent tellement de fans de part le monde qu’il peuvent très facilement se passer de ces structures, et créer une relation directe avec leurs fans.

Pour les émergents, les petits tels que nous, être sur ces plateforme est peut être une nécessité en terme de visibilité et d’accessibilité pour nos musiques, mais si c’est pour se faire 4 euros par ci par là, mieux vaut aller jouer dans la rue !

Ce sera beaucoup plus rentable.
Et toi, cap ou pas cap de balancer tes royalties de streaming ?
Je te les souhaite plus conséquentes.
A titre d’info j’ai un EP perso et il a enfin passé la barre des 0,01€ de royalties au bout de deux ans. Youpi. Le ridicule ne tue pas !

#balancetesroyalties

Vince

PS : Tu peux toujours écouter notre EP ici – et nous faire gagner la bagatelle de 0,032€ – ce serait super généreux de ta part. Où même le télécharger sur iTunes mais je ne voudrais pas que tu te ruines !

lemusicien
 

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