Comment enterrer son égo de musicien : ma révélation.

J’ai écrit cet article sur une plage de Phu Quoc, au Vietnam, dont voici le cadre…

Dans ce blog je parle souvent de faire plus de musique, et précisément de finir sa musique.

En terminer une et en commencer une autre. Quand on compose, c’est je pense que la meilleure des choses pour progresser.
C’est encore plus valable si on s’enregistre soi même.

Cette philosophie me vient – au delà d’une relative boulimie creative – d’une rencontre que j’ai envie de te raconter.

Je vais parler de moi, mais tu vas t’y retrouver, j’en suis certain.
Voilà l’histoire…

Un dimanche soir de l’année 2012.
Il doit être un peu plus de minuit, nous sommes à Lyon.

Je rentre chez moi après avoir passé la soirée à bidouiller du son chez mon pote chanteur. En traversant l’avenue Heriot, j’appercois un grand type qui arrête les rares (nous sommes trois en visuel) passants.
 » Encore un zonard de nuit, lui c’est pour ma pomme  »
Bingo, le type s’approche, m’explique son problème, en anglais. Bonne pioche pour lui, je parle la langue. Le type n’est pas vraiment un zonard, il vient pour un séminaire de conférences le lendemain et il s’est fait refoulé de son hotel, arrivé trop tard. Il est à la rue pour la soirée et demande s’il y a un pub où il pourrait passer la soirée et la nuit.
Ah, ces anglais.

Dimanche soir à Lyon, c’est pas la fête de l’année quand même. On discute un peu. Bon feeling.

Je l’invite à dormir à la maison.

Pendant plusieurs années j’ai vécu dans un appart qui était autant un lieu de fête, un studio de musique mais aussi un lieu d’hébergement pour les potes, mais aussi quelques couch-surfers. Enfin, c’est une toute autre histoire !

Immensément redevable de lui avoir épargné une errance certaine, on se revoit pour boire des pintes qu’il compte m’offrir, en signe de gratitude – et de britishitude.

On repasse donc une soirée ensemble. Il écoute notre musique, celle de mon groupe wörmz. Ni chaud ni froid à l’écoute, il nous dira quelque chose que je n’ai jamais oublié.

Et que je traduirais ainsi :

« OK, c’est pas mal, y ‘a du potentiel, mais franchement….
Vous vous prenez trop la tête sur trois morceaux. Faites en plus.
Imaginez, si un jour vous avez un label, et qu’on vous demande un album. Qu’on vous commande des chansons. Vous seriez capable d’écrire 15 chansons en une semaine ?

Si vous en faites plus, vous aurez votre style, et vous pourrez choisir les meilleures. Tout deviendra naturel. »

Si je me souviens bien, Owen (c’est son prénom), n’était absolument pas musicien. Mais sur de lui, son discours m’avait fait fort impression. Je nous revois encore dans le salon chez mon pote, ce moment où ça a fait TILT dans ma tête.

Depuis cette rencontre, je garde en moi cette sagesse, cette évidence : mais oui bordel, comment puis je prétendre à être bon, si je n’ai fait que dix ou vingt morceaux ?

Quelle prétention.

On s’imagine parfois que les artistes qu’on aime ne font que les chansons qu’ils sortent sur leurs albums, alors que bien souvent, ils composent de la matière pour deux ou trois albums supplémentaires.
Et ne gardent que le meilleur.

Qui sait, une des chansons refoulées pour l’album numéro 2 finira dans l’album numéro 5 ?
Qui peut prévoir l’avenir d’une chanson ?

Une certitude, une seule : si tu as de la matière suffisante, tu as tout un tas de morceaux, tu auras beaucoup plus de chance d’y trouver des pépites.
C’est bêtement mathématique.

Plutôt que de te focaliser sur un petit nombre de morceau que tu chercheras à perfectionner, souvent dans la douleur, pour atteindre un hypothétique idéal… tu devrais chercher à finir le plus possible de musique, même si elles n’ont pas le « standard » que tu recherches.
Plus tu vas progresser, plus ton vas améliorer ton oreille et ton matos, plus ton standard et tes critères vont augmenter.

L’Homme est ainsi fait : il désire toujours plus, il recherche toujours ce qu’il n’a pas.

L’autre jour, j’ai réécouté mon premier EP, composé produit et mixé en solo en 2012… j’ai été désagréablement surpris par la qualité « sonique » de l’ensemble, mais j’ai envie de dire, « et alors » ?
Cet EP m’a donné un bon élan créatif, et c’est tout ce qui compte, puisque sur le moment, j’étais dans une sorte d’extase d’avoir un petit CD avec mon nom dessus.

J’étais devenu un grand !

Une pierre de plus, qui ne me rendra pas célèbre ou riche, mais un peu de nourriture pour l’égo et l’estime de soi !
C’est déjà ça.

Le sentiment d’avoir accompli quelque chose, tout seul avec mes dix petits doigts et mes deux oreilles.

Je sais que je suis meilleur créateur qu’il y a 5 ans, parce que j’ai continué à composer, explorer, tester, et parce que j’ai achevé un certain nombre de morceaux, sorti d’autres disques.

Mes musiques sont meilleures qu’avant, mais pas toutes, c’est là le principe.

La composition, la production musicale, c’est une course de fond, pas un sprint.

J’ai donc rangé mon égo et intégré ce concept.

Simplement parce que j’ai rencontré un drôle d’anglais un certain dimanche minuit…

Je t’invite toi aussi à en faire tout autant !

lemusicien
 

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