Comment gagner de l’argent avec sa musique ?

Avant propos

J’ai longtemps hésité à écrire cet article.

D’une part parce que je trouve le titre est putaclic et bien racoleur à souhait. Si tu me suis un peu, tu sais que je ne suis pas vraiment là dedans, au contraire, j’essaye souvent de garder les pieds sur terre, dans ce monde de la musique plein de soi-disant paillettes et de rêves. Et de désillusion quasi quotidiennes.

Je sais que beaucoup d’aspirant musiciens s’imaginent être le prochain ACDC, Muse, Booba, remplacer-la-mention-par-ton-groupe-préféré, mais pour 99,99%* d’entre eux, ça n’arrivera pas. C’est comme ça, ce business est complexe.
*Oui, j’ai inventé cette statistique.

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D’autre part, parce qu’en tant que musiciens indépendants, on passe notre temps à galérer pour gagner peanuts, et que moi même, je suis loin de déroger à la règle.

C’est ainsi, la musique est un milieu ingrat, beaucoup, beaucoup de prétendants, mais peu d’élus. Un concours de circonstance, forcer des portes, provoquer la chance, tout ça peut fonctionner bien sur, ou pas.
On est dans un truc subtil, de l’ordre de l’alignement des planètes.

Dans cet article je vais donc aborder non pas de vendre notre savoir faire de musicien, mais plutôt explorer les différentes sphères qui permettent de monétiser notre art, nos créations.

Qu’importe, voici donc, 5 manières de gagner de l’argent avec sa musique, avec quelque chose de créatif quoi !
Certaines sont juste évidentes, d’autres un peu moins. Je vais essayer de creuser.

 

Faire des concerts

Potentiel financier : €€/€€€

Je sais, je sais ça n’a rien d’extraordinaire, pourtant le concert, en 2016 est et reste LE lieu où le musicien peut gagner sa vie. Avec la chute des ventes de disques, bon nombre de grandes « machines musicales » ou projets plus anonymes ont augmenté leur cachet.

En France c’est même un objectif pour beaucoup d’entre nous : faire assez de dates DÉCLARÉES* pour poser un statut d’intermittent, et souffler un peu. J’ai quelques amis dans cette situation, et pas un seul ne fait son statut avec un groupe de musiques actuelles. C’est plus dans des projets de spectacles jeune public, du théatre, etc. *Bonne chance…

On est d’accord, en France il y a un gros problème avec le « jouer gratos » !

Pour ma part, j’ai du faire quoi… 150 concerts dans ma vie à tout casser.
C’est pas grand chose, mais sur ce nombre, une seule date était rémunérée en cachet – déclaré quoi. Du « vrai » travail. Plus de la moitié était gratuits, et le reste payé au lance pierre, entre 30 et 500€ la date, suivant le lieu les projets, etc.  Somme à partager entre les différents musiciens et tes potes sondier/lighteux (merci de ne pas oublier les amis techos…).
Sans compter les quelques dates dont on attend toujours le paiement. Certaines depuis 2009… DTC quoi.*
*Pas besoin de traduire je pense 😉

Souvent on met en avant le fait qu’on a la chance d’avoir un espace pour jouer, « se faire connaitre » bien sur, etc. Mais c’est un peu du bullshit. A un niveau amateur / aspirant, il vaut mieux éviter de compter sur le paiement : on compte sur toi pour remplir le bar / caf’conc’ mais on va pas te payer. Normal, si tout était déclaré, il faudrait au minimum lâcher 200€ par personne ! Impossible pour un lieu. Par contre, demande à remplir la feuille SACEM, c’est toujours ça de pris. Mieux, amène ta feuille pré-remplie. Normalement, n’importe quel lieu paye sa redevance à la SACEM, donc, autant que tu récupères un peu de sous, même si c’est que 10 balles sur l’année, c’est toujours ça de pris. C’est un principe.

En plus de perfectionner tes titres, voir la réaction du public face à ton univers artistique, t’améliorer aussi en présence scénique, jouer en live te permet… de vendre des disques et du merchandising ! Et oui, pas de mystère, pas de miracle, le live c’est l’accès direct à ton art, à ta musique, et si ça plait, et bien bingo ! Il y a de forte chance pour qu’on vienne te réclamer un CD (si si, ça existe encore) ou un vinyl à la fin du show. J’espère que ton stand merchandising est en place !

Bonus tip : Si tu peux te payer un appareil de paiement par carte, type iZettle ou SumUp, tu risques de faire allez, 25% de ventes en plus ! « CB acceptée » = plus de gens susceptibles de l’acheter, ton disque ! Le nombre de personnes que j’ai déjà entendu dire à un stand merch’ : « J’ai plus de monnaie, vous prenez pas la carte je suppose ? »

Jouer dans la rue

Potentiel financier : €

Plus ingrat que le précèdent, jouer dans la rue ne parait pas glorieux… On associe ça à la mendicité, à la galère du punk à chien… pourtant c’est tout sauf vrai, même si dans le regard de certains passants, ça peut être le cas.

La rue est un espace public que tu peux, et dois, investir !
Nos rues sont trop mornes.

Créer un moment de musique dans un coin de sa ville c’est toujours un super moment. En général, les gens sont ravis de voir des musiciens de rue, et en France où c’est assez rare je trouve…

Bien sur, avant de te payer une Rolex, tu vas devoir attendre un peu. Pourtant, en plus de développer tes compétences musicales et d’affronter tes peurs, tu vas aussi engranger des pièces et des pièces. Pour l’avoir fait plusieurs fois, je dirais entre 10 et 40€ de l’heure. Certains en ont fait leur gagne pain, et peuvent gagner bien plus que ça !

Ca depend du lieu, du temps, de la période de l’année, du répertoire (reprises conseillées) et du pays bien évidemment ! Pas mal d’artistes se sont fait connaitre comme ça, ou du moins sont passé par là : Tété, Ed Sheeran, Dub FX, etc.

Si tu proposes un truc vraiment bien, original -ou si tu joues du hang… – et que quelqu’un te filmes avec son smartphone, tu peux éventuellement profiter de la viralité des réseaux. Qui sait ?

C’est en tout cas un exercice que je t’encourage à faire, ça va te booster en confiance, en plus de te payer tes bières du soir (ou tes cordes de guitare).

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C’est assez génial d’avoir la gratification en direct de parfaits inconnus qui ont aimé ce que tu proposais et viennent le témoigner avec une pièce ou un petit mot sympa.

Attention, en général les policiers sont tolérants avec les musiciens de rues, mais dans certains quartiers, la tolérance est moindre.

Plus que de l’argent, jouer dans la rue te permet de gagner de la confiance en toi. Et franchement, ça vaut bien un peu d’argent.

Bonus Tip : Si tu as quelques CDs à vendre en libre service, c’est encore mieux. Grave quelques disques toi même avec tes démos, fais une pochette en papier avec ton imprimante et un tube de colle, et mets une petite pancarte… « 5€, servez vous ».

 

Vendre des musiques libre de droit

Potentiel financier : €€

Si tu es comme moi un Fou de MAO, peut être que vendre tes productions, tes instrus t’intéresse.

Là encore, beaucoup d’appelés et peu d’élus. Si les sites permettant de le faire existent en grand nombre, malheureusement pour percer, c’est compliqué. Je suis membre de plusieurs sites sur lesquels il y a un « controle à l’entrée » : on vérifie que tu es suffisamment qualifié pour proposer de la « bonne musique ». Pour le moment ça ne m’a pas rapporté grand chose.

A savoir que bien souvent, on tire un trait sur ses droits d’auteur (et d’édition) mais on peut aussi bénéficier de l’effet de levier d’internet : plusieurs personnes vont acheter la même musique.

Attention, ces sites sont souvent à la recherche de musique bien spécifique, ou sync-friendly : c’est à dire de la musique facile, pas trop extreme, etc. Si tu fais tu metal-indus-grind-trash-transe, ça risque d’etre compliqué pour toi…

Voici une petite liste de site sur lesquels te pencher, l’immense majorité sont en anglais, of course :

audiojungle, pond5, soundstripe,

Bonus Tip : Essaye de te spécialiser dans un style, et fait plusieurs versions de la meme musique : durée, instruments

 

Créer des musiques et chansons à la demande

Potentiel financier : €€

Tu es compositeurs, producteur, tu sais créer (et finir) de la musique de qualité ?
Alors ça peut t’intéresser.

Il ne t’est jamais venu à l’esprit que tu pouvais vendre tes compétences pour d’autres ? C’est ce que je fait personnellement. Sur des sites comme Fiverr.com on peut tirer son épingle du jeu, mais c’est pas évident non plus. … J’ai écris un long article à ce propos que je t’invite à consulter. Mais pour résumer sur ce genre de site, on peut vendre ses compétences, un services, quel qu’il soit, pour un prix de base de 5$. Le rêve pour tous les travailleurs des pays pauvres, mais aussi pour sous traiter des tâches à moindre prix. On trouve tout, et toutes les qualités sur ce site.

Bon, la plateforme évolue un peu et j’arrive personnellement à sortir un peu du low-cost. Mais c’est laborieux. Ca demande de refuser aussi les plans cheap. Mais je continue de travailler assez régulièrement pour des clients du monde entier : composition, arrangement, traduction de chanson, ré-enregistrement (oui oui, j’ai même fait petit papa noel….)
Il ne faut pas avoir peur de la diversité, et de la déception créative : dans le sens, bon c’est pas toujours super kiffant.

Mais parfois on a de bonnes surprises et on prend beaucoup de plaisir à créer quelque chose pour quelqu’un à l’autre bout du monde. Sans parler du portfolio qui se rempli bien et qui te fait gagner en crédibilité et en compétences.

Mon dernier client ? Une indienne pour qui j’arrange et mix des chansons. Aussi étonnant que ca puisse paraître, celle ci me rémunère entre 100/200$ par titre. Pas pire.

Bonus Tip : Toujours délivrer plus que prévu ; soit plus rapidement, soit avec un extra. Sur ces plateformes la e-réputation fait tout : les petites étoiles. Je suis noté 4,9 sur 5 il me semble. Chaque projet réussit, chaque témoignage positif et client satisfait assure en quelque sorte le suivant.

Placer sa musique en synchro

Potentiel financier : €€€

En contrepartie de la chute de vente d’albums et du streaming, cette nouvelle ère numérique voit venir l’essor de ce qu’on appelle la « synchro » (ou sync en anglais). On parle de la synchronisation de musique sur des images. En gros c’est l’habillage musical de toute vidéo, film, publicité, bande-annonce, série, etc.

Niveau argent, il est possible d’en gagner, et pas mal. Parfois une musique utilisée et hop, c’est 1.000/5.000/10.000 / 20.000€ qui tombe, plus les droit d’auteurs ensuite.

Encore faut il que notre musique soit utilisée…
On touchera de l’argent deux fois : la marque, la production ou autre paye le droit d’utiliser ta musique, et ensuite on touchera les royalties (droits d’auteur principalement), suivant l’exploitation faite de ta musique : si la pub tourne longtemps et partout, si ta musique se retrouve dans un film indépendant qui ne fait qu’un festival obscure…

La musique à l’image est un monde bien à part, et entre une publicité web, une série allemande, et un blockbuster américain, il existe une myriade de sous catégories.

Utiliser une musique connue coute cher, voire très cher. Aussi les production se rabattent sur des artistes indé, peu ou pas connu, dont la musique coutera moins cher à l’usage.

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J’ai personnellement assisté aux rencontres de la synchro de Londres, les ‘London Sync Sessions’ et si la tendance de la musique à l’image est plus que confirmer, j’en retiens qu’il n’y a peu ou pas de règles en la matière. Parfois un tweet au music supervisor aura suffit. Parfois c’est plus un acharnement sur le long terme. Par contre une constante qui revient : rencontrer les professionnels en vrai ! « Networker ».

Je sais que pour la plupart d’entre nous -moi le premier- le networking IRL* c’est un truc juste horrible à faire, et pour cause : c’est pas notre job ! Dans un monde idéal, tu as un chargé de diffusion, ou un éditeur qui parle en ton nom. Qui vend ton projet et sait bien le faire.

Seulement en attendant de trouver ce partenaire privilégié, il va falloir y aller par toi même, trouver les mots pour parler de ton univers, donner envie, et surtout cibler les bonnes personnes au bon moment.
*In Real Life, Dans La Vraie Vie (t’es vieux toi)

Il existe plein, vraiment plein de plateforme et sites web pour tenter de décrocher un  placement en synchro, comme Tracks And Fields (sur lequel j’avais écris un article), Music X Ray, Taxi et tant d’autres. Ces plateforme sont bien évidemment payantes pour les artistes…

J’ai eu l’occasion de demander directement à Joel C. High, un gros ‘music supervisor’ d’Hollywood et membre fondateur de la « guild of music supervisors », ce qu’il pensait de ces sites, sa réponse ressemblait à ça : « je sais qu’ils existent, personnellement je ne les utilise pas, et je mettrais en garde les artistes et labels sur le fait que beaucoup de personnes se font passer pour des music supervisors alors qu’il ne le sont pas vraiment. »

En même temps lui, c’est un vieux de la vieille.

Personnellement, c’est ce sur quoi je me concentre lorsque je contacte des éditeurs ou que je pitch directement mes sons : placer une chanson dans une série ou une pub. J’ai eu plusieurs accroches, jamais concrétisée pour le moment.

En plus de générer des revenus pour l’artiste, ça peut aussi être un énorme moyen de promotion. D’ailleurs de plus en plus dans les syncro, on essaye de faire coincider la sortie d’une pub avec celle d’un album, histoire de maximiser l’impact.

C’est comme ça que le groupe The Dø s’est fait connaitre par exemple…

Bonus Tip : Avant de pitcher quoi que ce soit, assure toi que ta musique soit la plus qualitative possible : qualité de composition, de production, de mixage et mastering… il faut que ton son soit au maximum aux standards de ce qui se fait. QUe « ça sonne » quoi ! Sur les plateforme on dit « broadcast ready », prêt à diffuser. C’est donc pas le moment d’envoyer des démos, quand bien même tes chansons auraient un énorme potentiel.

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Jonathan McHugh et Joel C High aux London Sync Sessions
(je vous laissez chercher les références des mecs)

Jouer en live… sur le web !

Potentiel financier : €

Avec l’essor de la vidéo en ligne, et plus particulièrement de la vidéo live, le streaming prend de plus en plus d’importance sur le web. Snapchat, (feu) blab.im, twitch chez les gamers, facebook live… les plateformes sont nombreuses.

Mais il existe aussi des sites dédiés à ça pour les musiciens, notamment concertwindow : le principe est simple tu joue devant ta webcam et les gens peuvent te « tiper », lacher une pièce quoi.

Tu peux aussi mettre un prix d’entrée pour voir le show. Tu peux également proposer des bonus exclusifs comme télécharger un de tes EP, ou l’enregistrement du concert du jour par exemple.

concertwindow

Comme toujours dans ce genre de truc… jouer des covers est bienvenue. Malheureusement ?

Je n’ai pas encore testé le concert en ligne, aussi je le mets surtout là à titre d’information.
J’essayerai d’y revenir dans le futur.

Epilogue

Comme tu le vois, il existe pas mal de manière de gagner un peu d’argent avec sa musique, malheureusement, si les possibilités sont nombreuses, les débouchés réels ne le sont pas toujours.

Je pense qu’il vaut mieux se concentrer sur une de ces action pour espérer obtenir des résultats, et ne pas faire comme moi à vouloir tout faire et tout tester en même temps.
Enfin, tu fais bien comme tu veux hein !

Si tu as d’autres astuces pour faire des pépettes, je suis preneur, alors balance en commentaire !

wake-me-up-when-im-famous

lemusicien
 

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