MIDEM 2015 1er jour : Streaming, super-fans et un marché US complexe.

–Note Du Traducteur—

Le Midem 2015, en bref :

Jour 1 – Vendredi 5/06
Jour 2 – Samedi 6/06
Jour 3 – Dimanche 7/06

Cet
 article a été écrit par Rhian Jones,  journaliste freelance de l’industrie musicale, tiré du blog du midem traduit de l’anglais par Vincent Retg. Retrouvez l’original en cliquant ici.

Je remercie l’auteur de m’avoir autorisé à traduire son texte, et les autres à venir. Thanks to Rhian Jones for letting me translate and publish her article.

Je me suis permis de traduire cet article pour trois raisons :

– D’une part je n’ai pas les moyens de me payer un ticket d’entrée pour le Midem 2015. (300€ dans mon souvenir, sans doute plus cher pour d’autres professionnels). Pourtant je pense qu’il est plutôt intéressant pour des musiciens de s’intéresser au monde professionnel de la musique, à ses acteurs, et ses enjeux. Un jour j’irai j’pense.

– De plus, les thématiques « dans l’air du temps » qui y sont abordées m’interpellent particulièrement et font par exemple écho à un de mes articles.

– Enfin, me sachant plutôt chanceux de maitriser l’anglais, et d’avoir accès à ces ressources, j’ai eu envie de les partager avec vous.

Je pense qu’elles pourraient interpeller d’autres musiciens, francophones.


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Le MIDEM 2015, 1er jour : Streaming, super-fans et un marché US complexe.

Au programme de ce premier jour du Midem, il est question de l’avenir de Deezer, Tidal, et d’une discussion passionnée sur le marché américain.

Vania Schlogel, de Tidal, au MIDEM 2015

Vania Schlogel, de Tidal (le streaming by Jay Z.)

 

Par Rhian Jones 


L’avenir du business de la musique
pourrait se résumer en deux points : le streaming et une relation rapprochée entre artiste et fans. 

Ainsi seulement peut-on espérer créer une économie suffisante pour toutes les personnes impliquées. Mais ce tableau idéal ne sera possible que lorsque les labels, les éditeurs et législateurs arrêteront de se bagarrer.

Voilà les principaux thèmes abordés pendant les conference de Deezer, Tidal ainsi que bon nombre d’acteurs du marché US, en ce premier jour de Midem 2015.

C’est le nouveau PDG de Deezer, Hans Holder Albrecht, qui ouvre les débats.

Il ne semblait pas plus inquieté que cela par l’arrivée d’Apple dans le paysage. Albrecht estime que l’arrivée d’une entreprise aussi importante qu’Apple sur le marché montre que le streaming est bien “le modèle du futur”.

“Dans un sens, Apple va nous énormément nous aider à éduquer le marché” explique t il.

“Avec l’arrivée d’Apple et l’expansion du streaming, la marrée monte pour tout le monde. Cela va augmenter les opportunités pour Spotify et Tidal également. Nous allons tous trouver notre place sur différents segments. Je ne suis pas inquiet, c’est positif. »

En se focalisant sur la curation de contenu ainsi que sur des aspects non musicaux, Deezer trouve sa place dans la compétition, a t il ajouté.

Sur la question délicate du « abonnés gratuits vs abonnés payants » (problème dont pas mal de labels se sont plaints récemment) contre abonné payant, Albrecht ajoute qu’il n’y a aucune raison de se passer de ‘quelque chose qui fonctionne”.
Nous convertissons les abonnés gratuits en abonnés payants de tous côtés. Oui, il nous faut optimiser l’offre gratuite, mais avant de stopper quelque chose qui fonctionne, attendons un peu d’avoir autre chose pour le remplacer. N’enterrons pas (l’offre gratuite) trop rapidement, le marché s’agrandit, nous parvenons à toucher un marché mondial”.

(NDT: Au moment même ou je traduis ces lignes, je reçois un email Deezer, me proposant un abonnement pour trois mois d’été pour seulement 0,99€. Le PDG parlait bien de convertir ses abonnés..)

C’est le tournant mondial du marché du streaming qui fait espérer à Albrecht un gâteau assez gros pour tous, ainsi que des options supplémentaires pour faire sortir leur portefeuile aux abonnés gratuits.

 

Cependant, Mark Mulligan, analyste de l’industrie musicale ne semble pas certain que convaincre les abonnés de souscrire à un abonnement mensuel de 9,99$ puisse sauver l’industrie.

On devrait plutôt se focaliser sur les passionnés de musique, les aficionados, a t il suggéré lors d’une conférence sur la relation (financière) entre l’artiste et ses super fans.

Les 17% des consommateurs de musique, qui dépensent plus que la moyenne à la fois de leur temps, et de leur argent dans la musique, comptent pour les deux tiers de l’argent dépensé dans l’industrie. D’après son étude l’an passé, 72% de l’argent perdu dans la dégringolade des ventes de disques, trouvent son explication dans un changement de comportement de la part de ce petit groupe.

Alors, comment les faire payer plus de 9,99$ ?

 

Connexion, curation et engagement” conclu Mulligan. Le produit c’est l’experience, c’est cela que l’ont vend”.

“Quand Taylor Swift invite ses fans dans sa maison et que sa mère leur fait des cupcakes, c’est un moment bien plus fort que d’écouter ses chansons pendant des heures. S’il est vrai que tout commence par la chanson, sa valeur monétaire a été complètement dévaluée.”

Capitaliser sur la relation entre l’artiste et ses fans, c’est ce qu’essaye de faire Tidal, explique Vania Schlogel, la directrice des investissements du nouveau service de streaming lancé par Jay Z.

Le consommateur de streaming “moyen” est un homme, plutôt geek, âgé de 25 à 34 ans, et qui vit en ville. Si l’on veut toucher les découvreurs de musique, il faut proposer du contenu unique, des exclusivités, des événements live, le tout bien sur marqué de l’empreinte de l’artiste.

Cherchant à faire taire les rumeurs nombreuses sur le fait que Tidal allait simplement faire gonfler le portefeuille d’artistes déjà fortunés, elle ajoute qu’il y a eu « beaucoup de désinformation. L’une des choses injustes qui a pu être dite, est que l’on ne se soucie absolument pas des artistes indépendants ou émergents. Le genre de commentaire qui blesse. Nous avons lancé Tidal Rising et Tidal Discovery (découverte de nouveaux talents). Les actes parlent plus forts que les mots. »

Dina LaPolt, au MIDEM 2015
Dina LaPolt

 

On termine cette premiere journée du MIDEM sur une discussion plutôt animée sur la manière dont la politique aux états unis, le droit d’auteur et la créativité s’emmêlent pour créer « un tas de problèmes » pour les musiciens, auteurs, compositeurs, labels et éditeurs. Le débat était animé par Dina LaPolt, avocate spécialisée dans la musique, qui excpliquait que l’industrie US doit gérer « tout un tas de problèmes »

« Le marché musical le plus important dans le monde, c’est celui des états unis, et pourtant nous maltraitons les créatifs » ajoute t elle.

 

Cary Sherman, Président et PDG de la RIAA*, propose quelques pistes pour réduire les disparités entre les montants touchés par les auteurs pour l’exploitation numérique de leur musique, et ceux accordés aux artistes interprètes, ainsi que le manque de redevance des diffusions radio.

(NDT : *Recording Industry Association of America, un genre de « syndicat » de certains labels et maisons de disques. Ils sont célèbres pour avoir poursuivi Napster au début du mp3… en 1999)

Daryl Friedman, responsable juridique et dirigeant les relations avec l’industrie pour la NARAS (National Academy of Recording Arts & Science – syndicat de musiciens, producteurs et techniciens, à l’origine des Grammy Awards, NDT) et Mike Herring, PDG de la webradio US Pandora, sont également intervenus.

 

Alors que Pandora reçoit beaucoup de critiques pour le faible montant qu’il verse à l’industrie (4% seulement de ses utilisateurs passent à la caisse, alors que 83% utilise un support tiers gratuit, financé par la pub), il n’y a pas à douter que l’avenir, c’est le numérique, dit Friedman.

Interpellant Herring, Friedman s’explique : « Nous voulons que des business tels que Pandora réussissent et soient profitables, mais notre souci, c’est le futur ». La radio est une part importante des revenus des auteurs, mais jour après jour les auditeurs éteignent leur poste pour télécharger une application. Comment créer une économie durable pour l’avenir ? Il nous faut trouver des taux (de rémunération équitables, et cela demande d’inciter les consommateurs à payer d’avantage votre entreprise »

 

Néanmoins, impliquer le gouvernement pour légiférer les taux, c’est une zone dangereuse, ajoute Sherman, lequel propose plutôt un vrai partenariat entre l’industrie musicale et les plateforme en ligne, pour aboutir à un accord.

« On ne peut séparer les éditeurs des labels, nous faisons tous parti d’un même écosystème, et nous avons tout aussi intérêt à ce que les plateformes de streaming aient du succès. Nous sommes vraiment pour résoudre ce challenge comme une seule et même industrie, plutôt que de laisser faire le gouvernement. Ca n’a absolument aucun sens pour un tiers de venir essayer de voir comment ressusciter ce truc, alors qu’il est mal fonctionnel depuis des décennies.»

 

Crédits Photo : Rhian Jones

Alors, que t’inspirent ces quelques réflexions de ce début de MIDEM 2015 sur les mutations du marché musical ?

Le Midem 2015, en bref :

Jour 1 – Vendredi 5/06
Jour 2 – Samedi 6/06
Jour 3 – Dimanche 7/06

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