Midem 2015 : Vétéran de l’industrie musicale et gratuit vs payant

Midem 2015, Jour 3 :

Où il est aussi question de clips musicaux, de succès d’indépendants et de l’embourgeoisement des villes…

–Note Du Traducteur—

Cet article a été écrit par Rhian Jones,  journaliste freelance de l’industrie musicale, tiré du blog du Midem traduit de l’anglais par Vincent Retg. Retrouvez l’original en cliquant ici.

Je remercie l’auteur de m’avoir autorisé à traduire son texte. Thanks to Rhian Jones for letting me translate and publish her article !

Le Midem 2015, en bref :

Jour 1 – Vendredi
Jour 2 – Samedi
Jour 3 – Dimanche

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Par Rhian Jones

Doug Morris, vétéran de l’industrie musicale (à droite)

Ce matin, c’est toute l’industrie musicale qui était de sortie pour suivre Doug Morris, PDG de Sony – et un des vétérans du milieu – donner une interview passionnante, devant une salle comble, dont les premiers rangs étaient occupés par des personnalités telles que LA Reid ou Patrick Moxey, le patron d’Ultra Music.

Ce troisième jour de MIDEM 2015 voit donc Morris – qui a par ailleurs travaillé chez Universal et Warner au cours d’une carrière longue de cinq décennies, et fondé Vevo – nous raconter ses expériences dans l’industrie dans les années cinquante, le songwriting, la création de son premier label, jusqu’à sa rencontre avec Steve Jobs pour l’écouter raconter sa vision d’iTunes.

Quand à savoir comment est il rentré dans cette industrie ? Morris répond : « Je pense que c’est le business de la musique qui m’a choisi. Je me revois tomber amoureux de cette musique qui déferlait dans tous les Etats Unis avec Chuck Berry, Fats Domino, Little Richard et Jerry Lee Lewis. C’était une musique bien différente, et bien plus sexy, que tout ce qui avait précédé. J’allais au piano, burinais des Do Fa Sol, rajoutais une mélodie par dessus, avec des paroles sur les filles. Je me considérais comme un auteur compositeur raté, et j’ai fais ça pendant des années. »

Sa plus importante contribution aura été de « se confronter aux services internet » dit il. Morris a en effet été le premier patron a monétiser les clips en ligne, en demandant à Yahoo de payer pour la diffusion de vidéos d’artistes d’Universal sur sa plateforme. Après le refus catégorique du patron de Yahoo, Morris retire les vidéos et reçoit  trois jours plus tard un appel de Yahoo acceptant de régler la note.

« En l’espace d’un mois, on a transformé les clips, des machines hors de prix à promouvoir les artistes, en source de profit incroyable qui augmentent de jour en jour. Il ne faut pas avoir peur des choses, tu dois y aller et t’y confronter. Et pas un artiste n’a eu à s’en plaindre, c’était une grande victoire pour l’industrie. »

Regardant vers l’avenir, Morris ajoute que la publicité ne suffira pas à financer les services de streaming tels que Spotify. Mais l’arrivée d’Apple dans la partie pourrait jouer un rôle important pour faire revenir l’industrie à son poids de 30 milliards de dollars d’il y a dix ans (15 milliards de nos jours). « Le streaming payant est une bonne chose. La publicité, hormis que c’est un outil de conversion, ne l’est pas tant que ça. Pour une entreprise comme Spotify, 100 streams valent 1$. Pour le streaming payé par la pub, on passe à 900 streams pour 1$. Pas besoin de vous dire lequel on préfère. »

Le gros avantage d’Apple c’est « d’avoir 178 milliards de dollars en banque », sans compter les 800 millions de cartes bancaires de ses clients. Conséquence attendue : une « marée qui va soulever tous les navires », dit Morris. « Spotify n’a jamais vraiment fait de publicité parce que ça n’est toujours pas rentable. Je pense qu’Apple en fera et mettra en lumière l’ensemble des services de streaming. Toutes les entreprises vont en bénéficier. »  Et alors, qu’en est il de ce fameux service de streaming d’Apple ? « Ca arrive demain, » glisse Morris. Exclusivité du Midem !

Pour parler de la suite, à savoir les problèmes posés par l’embourgeoisement de villes telles que New York, Berlin ou Londres, montent sur la scène différent directeur de festivals, de maisons d’éditions ou de ventes à l’export. Ces derniers ont ainsi débattu du concept de « villes musicales« , le thème d’un rapport de l’IFPI/Music Canada, rendu public lors de ce Midem.

Martin Elbourne, co fondateur de The Great Escape, à travaillé à Adelaide (Australie) comme consultant pour améliorer la vie musicale dans la ville.

« Il semble qu’il y’a un consensus grandissant chez les régions dans la monde, qui réalisent que la musique est une part importante du tissus d’une ville, pas juste au niveau culturel, mais également économique. C’est une des manières les moins chères de maintenir une ébullition dans une ville« , dit il.

Parmi les mesures à envisager pour développer les scènes musicales, on peut chercher à préserver les lieux de concert, en insonorisant les appartement adjacent, déplacer des festivals dans des zones en développement ou encore travailler de pair avec les offices de tourisme.

Giles Martin at Midem 2015

Giles Martin

Un autre discours rassurant à propos du futur trouve sa voix chez Giles Martin, fils du manager des Beatles, George Martin, et Sound Experience Leader (NDT : Intraduisible, help me please) chez Sonos. En grandissant autour du plus grand groupe du monde en ces débuts d’industrie, Martin fils a acquis une grande expertise dans la qualité du son, les formats et les studios d’enregistrement. Plutôt que de s’épandre sur les souvenirs du passé, il précise que « le bon vieux temps n’était pas si bon » et qu’on devrait se réjouir d’avoir accès à autant de grande oeuvres du bout des doigts.

« L’avenir appartiendra à ceux qui dans cette industrie pourront créer un lien véritable entre les artistes et leurs fans. On doit s’assurer que la musique soit ressentie, absorbée et célébrée. Qu’elle soit écoutée, et pas juste entendue », ajoute t il.

Believe Digital et Youtube Midem 2015

Denis Ladegaillerie (Believe Digital), Christophe Muller (Youtube)

C’est ensuite au tour de Christophe Muller, chef des partenariats chez Youtube, qui, plutôt que répondre à des questions délicates sur le paiement des droits d’auteur par Youtube, à interviewé le patron de Believe Digital, Denis Ladegaillerie. 

Passés les quelques chiffres clés du streaming vidéo sur la plateforme – notamment le fait que 50% des usages viennent désormais des mobiles (une augmentation de 90% d’une année à l’autre), Muller discute avec Ladegaillerie de ce qui est perçu comme une « confusion dans le paiement des droits pour le streaming ».

A l’époque du CD, les labels vendaient leurs CD aux distributeurs et vendeurs et récupéraient environ 65/70% des revenus. C’était la même chose avec les téléchargement sur iTunes, explique Ladegaillerie. A l’ère du streaming, les plateformes numériques payent toujours 65/70% à l’industrie. Alors, pourquoi tous ces grincements de dents ?

« Nous sommes à peu près au milieu de la transition numérique, je pense que cela va créer bien plus d’opportunités dans les dix ans à venir,  » dit il. « Nous arrivons à l’étape du marketing et de la promo. Nous devons apprendre à utiliser Youtube pour les artistes, à créer des effets de levier, à utiliser les données du marché de la musique en ligne, à mieux promouvoir, à utiliser la technologie d’une manière créative. Les dix prochaines années vont être particulièrement excitante. »

ASCAP Paul Williams Midem 2015

Paul Williams (ASCAP) à gauche

De l’autre côté de la barrière, Paul Williams, patron de l’ASCAP (la SACEM américaine, NDT) et auteur compositeur, défenseur du point de vue des créateurs, explique que les jeunes n’ont pas besoin d’être informés de la valeur de la musique, mais plutôt les plateformes de streaming.

« Les entreprise derrière les plateformes et les appareils numériques savent que la demande de musique va continuer de croitre partout dans le monde. Il serait temps qu’elles se rendent compte que respecter le travail des auteurs compositeurs est essentiel à leur avenir, » dit il.

Les acteurs de l’industrie musicale – éditeurs, labels et artistes – ont besoin de « travailler ensemble et arrêter de se bousculer pour gagner leur part du gateau ». Et c’est ce qui est en train de se passer, conclue Williams. « Les auteurs compositeurs ne sont pas une espèce en voie de disparition, ce mec de 74 ans est toujours autant enthousiaste à bosser. »

Kenny Gates (PIAS), Martin Goldschmidt (Cooking Vinyl) et Daniel Miller (Mute) ont ensuite échangé sur ce qui fait le succès d’un label indépendant, en 2015. Gagner de l’argent pour l’artiste comme le label, et dépasser leurs attentes, répond Goldschmidt. Tenir ses promesses, créer de vraies carrières et essayer de gagner de l’argent en le faisant, ajoute Gates, tandis que Glass rappelle l’importance de l’engagement et de la flexibilité.

Juan Atkins au Midem 2015

Juan Atkins, Bill Werde

Pour finir cette troisième  journée de Midem 2015 avec style, c’est Juan Atkins, « Le Parrain de la Techno » et fondateur du label Metroplex, qui répond aux questions de Bill Werde. Passés ses reflexions sur sa carrière précoce, son poids dans l’innovation musicale ou ses influences, Atkins nous quitte avec quelques conseils adressés à ceux qui resterait bloquer dans le passé.

« Les gamins n’achètent plus de batterie ou de guitare, ils achètent Ableton 9 et Native Instruments. L’industrie comme les gens doivent réaliser qu’internet crée de nouveaux artistes, et des gamins sont plus créatifs que jamais. Le public devrait être un peu plus ouvert d’esprit, pour éviter que l’industrie lui dise quoi écouter. »

 

De Rhian Jones , Traduit de l’anglais par Vincent Retg

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C’était long ! J’espère que ça vous aura intéressé !
Vous pouvez consulter les autres jours ci dessous :

Le Midem 2015, en bref :

Jour 1 – Vendredi 5/06
Jour 2 – Samedi 6/06
Jour 3 – Dimanche 7/06

lemusicien
 

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