Pourquoi tu n’as pas d’inspiration (et comment la trouver)

J’ai vu passer plusieurs fois cette question : « je n’ai pas d’inspiration, comment faire ? »

L’inspiration est le premier élément de création, peut être le seul qui compte vraiment. Un truc bien inspiré, même mal fait, ça touchera beaucoup plus que n’importe quel musique sur-produite et sur-polie.

Tout part de là. Pas d’inspiration -> pas de créativité ou juste médiocre.

Juste pour la pause étymologique avant de s’y mettre : inspiration ça veut dire le souffle (divin). En gros, c’est Dieu qui parle à travers toi.

Que tu sois croyant ou pas, ça n’est pas mon affaire.

Quiconque a vécu un vrai moment d’inspiration, ce moment où les choses se passent naturellement, où tout est fluide, où tu ne semble être finalement que l’instrument d’une volonté supérieure…

Quiconque a déjà vécu ça pourrait s’y reconnaitre.

Alors, okay l’inspiration c’est super c’est génial, mais en vrai comment qu’on fait pour l’avoir cette inspiration ?

Bon.

1) Quelles sont tes références ?

C’est vrai, si tu n’as rien en tête, ça va être dur d’en sortir quelque chose. On s’imagine peut être que, par magie, on va alors se lancer dans l’acte créatif suprême, et pondre le tube du siècle, comme ça. Sans les mains !

Non, et re-non. Ca n’est pas pour rien qu’on cherche toujours à comparer, à mettre un groupe dans telle genre musicale. Ca n’est pas pour rien qu’on demande en interview :
« quelles sont vos influences ? » ou « qu’est ce que vous écoutez en ce moment ? ».

Et ouais, la création se nourrit. On ne créé jamais rien ex-nihilo. Du vide absolu. Les peintres des cavernes de Lascaux, s’inspiraient des animaux qu’ils voyaient autour d’eux. Ils ne les ont pas inventé.
Je peux pas choisir un exemple plus fondamental.

Toi, ton job, c’est de sortir tes références de ton cerveau et les matérialiser sous une autre forme :
un texte, une mélodie, une chanson… Quoi qu’il arrive, ce sera différent des originaux, parce que ton histoire, ton identité, ta culture, ta vie, sont propres et uniques à toi. Pas de lézard, be yourself.

Justement, tu es unique, tu devrais essayer de faire les choses à ta manière, et ne pas chercher à reproduire (pour ne pas dire plagier) « ce qui marche en ce moment« . Je lis ou entends souvent ce genre de demande… C’est bien dommage, car c’est assez limitant.

Bon c’était une parenthèse, revenons au sujet de base.

Si tu as tes références en tête, si tu as par exemple écouté 100 fois un album, dont tu connais chaque piste séparément… tu as donc une idée précise de la construction des morceaux, des mélodies utilisées, des sons et du mixage de ces morceaux.

Personnellement, c’est comme ça que je me suis forgé mon oreille – notamment mon oreille de mixeur. En écoutant sans cesse les mêmes album en boucle, jusqu’à ne plus en pouvoir.
Connaitre chaque impact, chaque note ou presque, chaque mot, par coeur, limite overdose.

Limite maladie mentale, oui.

Au détriment sans doute de la diversité et de la quantité de musique que j’écoute. Je l’avoue, c’est un grand tort, mais si tu me connais tu le sais : je ne me pose jamais en exemple-parfait-à-suivre.

peanuts records
Libre à toi de trouver ce qui fonctionne pour toi. Peut être que c’est d’écouter plein de choses différentes, ou juste de bloquer sur un style, un artiste…

N’empêche, dans mon cas, ça marche comme ça.
Chacune des musiques que j’ai écoutées jusqu’à l’étouffement est ancrée en moi.

Du coup, quand je fais du son, je pioche dans ma collection de références, d’idées, de son, consciemment, et plus souvent inconsciemment.
C’est ce qui fait que je peux pondre des musiques assez rapidement, et à répétition.

Grace à ces références, je connais les éléments constitutifs d’une musique, des manières de structurer, d’arranger…
Ca viennent donc naturellement, et toujours plus naturellement au fur et à mesure de la pratique.

Si je fais une pause loin du home studio, en général c’est dur de s’y remettre, je suis un peu rouillé.

Ce qui nous amène au deuxième point…

2) Combien tu pratiques ?

C’est le leitmotiv de mon blog depuis deux ans : fais en plus !

Combien d’EP as tu sorti ? Combien d’album ? Combien de musique y a t il sur ton soundcloud ? Combien de textes as tu écris ? Combien de projets achevés ou non, ton disque dur contient il ?

Plus le chiffre est gros, et meilleure ton inspiration devrait être : tu es rôdé. Et donc il y a peu de chances pour que tu sois tombé sur cet article, parce que tu es en train de faire de la musique, pas de chercher à savoir comment en faire…

Par contre, si tu n’as sorti aucun album, si ton projet c’est de bosser toujours la même track depuis un an. Permets moi de te donner une opinion, après tu en fera ce que tu en veux, mais tout de même, c’est peut être valable.

Essaye de te souvenir d’une chose : la qualité vient progressivement, avec le temps, l’expérience et surtout l’oreille (tiens donc!) s’affine.

Pratique = progrès = qualité.

Peu de gens sont naturellement doués. Ca existe hein, mais ça n’est qu’une toute petite minorité.
Quelqu’un qui réussit des choses, et dont on dit qu’il a « de la chance » ou qu’il « est doué », c’est souvent un raccourci à deux balles, pour ne pas se mettre en face de ses propres responsabilités.

Laisse moi te donner un exemple perso…

J’ai commencé la musique à 6 ou 7 ans, au conservatoire. Je n’ai rien demandé, on m’y a mis. A l’époque c’était un peu dans la douleur, je ne comprenais pas grand chose à ces cours de solfège qu’on nous imposait, deux fois par semaine.

Je faisais semblant. Je passais entre les gouttes.

Je jouais de la flûte à bec, des trucs de musique de chambre, pas du tout fun. Ambiance conservatoire. J’étais en « classe musicale », il fallait être bon à l’école ET au conservatoire. On avait même deux bulletins et tout ! J’étais toujours dans la moyenne basse.

Apprentissage strict quoi, vieille école, même si j’ai eu quelques profs fabuleux dans le tas. Ca a duré 8 ans, jusqu’à la fin du collège.

flute à bec

Ma 2e « vraie » flûte, si tu regardes bien la date… 1994

Alors, quand on me fait un compliment (oui ca arrive) du style « tu es doué », « tu es un bon melody-maker » ou bien « t’es vachement à l’aise en musique »… je revois le petit gamin que j’étais, terrorisé avec sa flûte trop grande pour ses mini-doigts, pendant les auditions du mardi soir. Celui là n’était guère doué ou à l’aise.

Depuis donc, c’est imprégné en moi. Les gosses sont des éponges, je ne t’apprends rien.

C’est là, je ne l’explique pas. Mes notions de solfège ou d’harmonie sont encore plus faibles qu’à l’époque. Je me souviens à peine du vocabulaire employé, ne me demande pas de lire la clé de Fa…
Je ne suis pas « doué » non. J’ai eu une chance : que l’on m’impose ce parcours musical dans mon enfance. En somme, merci maman, qui n’est pas musicienne d’ailleurs.

20 ans après, quand je suis dans ma session Logic en train de chercher
une mélodie d’un gros synthé, ou m’essaye à un solo de guitare dans un groupe de rock, j’ai toutes ces années passées à jouer la musique du 17e siècle de George Philip Telemann et autre Jacob Van Eyck qui ressortent inconsciemment…

Et qui nourrissent naturellement mon inspiration et ma composition.

Toi qui me lis, quelque soit ton parcours de musique, tu sais que rien n’est acquis dès l’origine.
Certes, on va avoir des facilités, ou une aisance dans tel ou tel domaine. Mais c’est avant tout la pratique qui fera que tu vas vraiment devenir à l’aise avec la création musicale.

Donc, au risque de me répéter encore, retourne faire du son. Enchaine les titres, sort un EP, même un peu médiocre… On s’en fout. Fais tes classes.

La pratique que tu vas avoir va nourrir ta pratique future. C’est un peu l’effet boule de neige, ou de cause à effet. Tout ce que tu fais comme son maintenant aura une incidence sur la qualité de ta musique dans x années….

Du coup, magique, c’est pas grave si tes compos sont nazes, ça viendra.

Je trouve que cette formule résume assez bien le fond de cet article :
« Je crois qu’on ne compose pas toujours ce que l’on veut, mais on compose qui l’on est. »
(Echange avec ‘Lio Kriegan’ sur Facebook)

Alors, développe qui tu es avant tout. Fait grandir et s’embellir ta personnalité.
Ta musique (et le reste) n’en seront que meilleur…

3) Il n’y a pas de bouton magique

« Bonjour, je cherche un VST pour composer un tube à ma place, si possible gratuit, merci ! »
Et non, désolé, il n’y a pas un plug-in magique qui te fera gagner 10 ans de pratique musicale d’un coup… Je dis ça en ne rigolant qu’à moitié, puisque c’est limite le genre de demande que l’on voit parfois.

L’inspiration, la créativité, c’est pas un bouton magique.
Tout part de toi. De tes choix de vie, de tes expériences, et, tu l’auras compris de ce dont tu nourris ton cerveau. Mais comme je suis pas un salaud, je vais te donner une petite liste de choses auxquelles penser si tu es en manque d’inspiration.

Et puis aussi pour te remercier de lire ces quelques 1500 mots.

Liste non exhaustive de trucs qui m’inspirent et peuvent t’inspirer :

  • Références musicales
  • Références cinématographiques
  • Références littéraires
  • Références en arts plastiques
  • L’Histoire
  • Les histoires personnelles
  • Celles de la famille et des amis
  • Les voyages
  • Les lieux, les paysages
  • La nourriture
  • Les informations
  • Des objets autour
  • Sons de la nature, de la ville

Exemple A : Un objet.
Tu pars d’un détail d’une pièce : le cadre bancal au mur. Qu’y a t il dans ce cadre ? Ou peut être est ce un miroir. Qu’est ce que l’image évoque au narrateur, et hop, nous voilà parti on ne sais où…
Exemple B : Sons ambiants
Tu sors de chez toi, enregistre le son du traffic dans ta rue. Même avec un smartphone, ça ira bien. De retour dans ton home studio, tu te sers de cette base pour créer une introduction, d’un futur beat de ouf.
Exemple C : Les informations
Tu vois un attentat à la télévision. Les terroristes sont en fuite, ils se cachent. Tu imagines ce qui peut bien se passer dans leur tête, ce qu’ils peuvent se dire.
C’est ce qu’on a fait avec mon groupe, où j’ai écris ce que pouvais bien se dire ces fous : « I’m just following the words, in the name of God ».

Au fait, ne force pas ton inspiration.

C’est rageant, mais des fois, ça ne marche pas. On fait de la merde, on tourne en rond.
C’est le moment de faire une pause, et de faire autre chose. Va nourrir ton esprit autrement, tu reviendras avec de nouvelles idées.

 

J’espère que cet article t’as été utile, et t’as donné… de l’inspiration.
Si tu l’as trouvé pertinent,partage le, merci !

lemusicien
 

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