Placer sa musique en synchro avec Tracks And Fields

Tracks and fields, des morceaux et des champs

Comme c’est bucolique…
Bon. Quand vient l’heure de gagner sa vie en tant que musicien on se rend compte d’une chose : nombreux sont les appelés, et rares sont les élus.
Pourtant, les possibilités semblent également nombreuses pour monétiser nos musiques… Concerts, recordings, merchandising, streaming, crowdfounding, publishing… Beaucoup de mots en ing quoi.

Regardons de plus près les questions de publishing avec le site tracks & fields, assez peu connu des francophones. Ce qui suit n’engage que moi, et mes quelques mois d’expérience.


Par ici la visite

Qu’est ce que c’est encore ?

tracksandfields.com est une plateforme anglophone qui met en relation l’offre et la demande musicale en synchro. Un genre de site d’appels d’offre musicaux. La synchronisation, c’est simplement le fait de synchroniser de la musique sur des images.

En gros, des superviseurs musicaux, des publicistes, proposent sur tracks and fields des projets pour lesquels ils recherchent des musiques. La demande est précise pour un projet précis avec un budget précis. De mémoire j’ai vu passer : des jeux vidéos, des films indépendants, des « blockbusters » (on se comprend), des publicités pour des sodas ou des assurances, etc

Des musiciens, producteurs, dj, labels, ou éditeurs de musiques s’inscrivent sur la plateforme. Ils vont pouvoir proposer leurs musiques ou chansons pour ces projets. Les projets de synchronisation sont limités dans le temps; la selection se fait souvent sur trois ou quatre jours seulement. La demande en musique est assez variée mais reste globalement généraliste : pop, soul, rock, « score » (musique orchestral), electro ou jazz sont les plus demandés. Rien de très fou fou. Peu de chance de placer votre groupe de speed metal noise diphonique donc. Mais allez savoir.

Dans les demandes la musique est plus ou moins mis en valeur, et le budget également; mais on est toujours dans l’idée que la musique doit servir un propos, et « vendre » quelque chose : une émotion dans un film, ou un produit dans un pub…

 

Evidemment, c’est payant

Mais ca peut potentiellement rapporter gros.

Seulement, rien n’est gratuit en ce monde et pour pouvoir postuler, il faut glisser un petit billet. On paye la mise en relation, et un potentiel placement d’une musique. On paye le simple fait que a priori – mais on a aucun moyen de le savoir – un professionnel aura appuyer sur « play » sur un de nos titres. Le propos s’arrête là.

Le site ne déroge pas à la règle du « payer pour éventuellement être écouté » qui est assez répandue de nos jours.

Concrètement, cela va de 5€ à 30€  par mois pour proposer ses musiques aux fameuses ‘opportunités’.
Suivant le plan choisi, on a la possibilité de proposer entre 5 et un nombre illimité de morceaux. Niveau fréquence des opportunités, c’est vraiment fluctuant, mais si je devais donner une moyenne, on est aux alentours de 3 offres par semaine.
Pour ce qui est du budget, c’est plus souvent la tranche 500€- 2000€ que la tranche des 100.000, mais on en voit parfois passer, et le compteur de postulants s’affole alors. Evidemment, j’ai tenté ma chance !

J’ai pu écouter quelques artistes sur la plateforme, il y a vraiment de tout… Du musicien à peine plus qu’amateurs à des labels ou éditeurs indépendants qui proposent tout un catalogue pour la synchro, et une foule de morceaux convaincants.

 

L’opacité du système

L’un des soucis avec un site comme Tracks and Fields, c’est qu’il donne cette légère impression de monnayer sur des espoirs. Le sentiment qu’on joue avec ces faiblesses, en promettant une « presque possibilité » de passer notre musique dans une film, une pub, et se faire un mois de salaire voir plus, en un coup. De quoi soulager les finances chétives du musicien qui passe une grande partie de son temps à faire du bénévolat. Je trouve par ailleurs étrange qu’il ne soit fait nulle part mention de partenariat réussis grace au site, un petit « hall of fame » en somme, pour rajouter du crédit à la chose.

Je ne doute pas du sérieux de la palteforme et des offres, la liste des clients est éloquente.
Néanmoins, Tracks and Fields peut donner le sentiment de surfer sur cette corde sensible. Qui connait les musiciens, les auteurs ou compositeurs, sait que la majorité d’entre eux souffre d’un manque de confiance en eux. On a souvent une belle estime de notre musique. Il vaut mieux aimer un tant soi peu ce qu’on fait.Mais au niveau de l’estime de nous même ou de notre capacité à réussir, à « percer » c’est souvent disproportionné: on a soit des apprentis starlettes qui s’y croient, soit des artistes maudits qui s’ouvrent les veines, et tout une gamme d’artistes entre les deux.

musicien nevroséBref, la joyeuse bande des névrosés.

Parfois je vois des projets où l’on est deux à postuler, mais pas de retours, et le projet réapparait quelques semaines plus tard, et les superviseurs sont toujours en quête de leur musique, et parfois précisent leur demandes. On argumentera en disant que ces pro très occupés n’ont pas que cela à faire de nous répondre, et c’est sans bien la triste réalité du music business, et de plein de business : le créateur est bien souvent la derniers roue du carrosse ! D’autant plus dans ce supermarché en ligne pour publicitaires et producteurs.

Au delà du simple fait de voir sa demande ne pas aboutir, c’est surtout le manque d’explications qui est un peu agaçant avec ce genre de pratique. Parce que du coup, on ne sait pas pour quelle raison notre musique n’est pas retenue, et ce qu’il faudrait améliorer : est ce le niveau de production ? le mixage ?  

Mais vous comprenez, vous avez déjà eu l’immense honneur d’avoir potentiellement été écouté par un music supervisor professionnel et tout. Je sais pas pourquoi, ça me fait penser à ce sketch de Coluche : « on s’autorise à penser dans les milieux autorisés… que votre morceau aurait été écouté par un professionnel… » Waouh.

En résumé : on joue un peu au loto ou au poker, et n’est pas très concret, mais bon, sur un malentendu, ça peut marcher.

 le site web tracks and fields

Alors, tracks and fields, ça vous tente ?

Faites moi part de vos remarques dans les commentaires !

PS : Je remercie l’excellent Raphael Malek de m’avoir fait découvrir ce site. (On y croit mon gars !)

lemusicien
 

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